Rien ne laisse entrevoir ce qui se trame dans cette ancienne roseraie en périphérie immédiate de Brest. Rien sinon le panneau d'entrée : La Réserve des matériaux. A première vue de la route qui file vers Gouesnou, une grande serre en verre. C'est Guillaume, salarié depuis un peu plus d’un an, qui me reçoit. « Le lundi, c'est plus calme », me dit-il. Ce n'est pas un jour d'ouverture au public pour les dépôts comme pour le retrait des matériaux de toute nature.
« Ici on trouve un peu de tout : du bois, du métal, du carrelage, de la plomberie, du matériel électrique... » Et ça se voit ! Le tout est bien rangé dans un espace de 550m2. Certes, on n'est pas dans un magasin de bricolage rutilant, mais les bricoleurs, celles et ceux qui rénovent leur maison, leur appartement, aménagent leur fourgon, leur jardin… trouvent ici leur bonheur. Chaque chose à sa place. C'est là le travail de mise en valeur des collectes des neuf salariés de l'association. Celle-ci a ouvert ses portes au public il y a plus de deux ans... Fruit du hasard ? Pas tout à fait !
A l'origine du projet, on trouve Fabien Perault, un ingénieur d'instrumentation de l'Ifremer, Institut français de recherche entièrement dédié à la connaissance de l’océan. A son poste, Fabien est aguerri à la logistique ; dans ses propres achats, il est déjà sensibilisé aux filières du réemploi de matériaux - et de matériel -, trop vite destinés à la benne. A l'issue d'un stage dans la recyclerie brestoise, Un peu d'R, il met sur pied avec Jeanne La Prairie une association spécialisée dans le réemploi des matériaux de construction. Accompagnés par le Tag 29 (1), c'est le début de l'aventure de La Réserve des matériaux avec un premier salarié, Igor, « magasinier valoriste ».
Les neuf salariés de l'association sont impliqués dans la collecte auprès de particuliers comme des entreprises, dans les chantiers de dépose sélective (ou préservante) et dans la vente des matériaux collectés.
A l'origine du projet, on trouve Fabien Perault, un ingénieur d'instrumentation de l'Ifremer, Institut français de recherche entièrement dédié à la connaissance de l’océan. A son poste, Fabien est aguerri à la logistique ; dans ses propres achats, il est déjà sensibilisé aux filières du réemploi de matériaux - et de matériel -, trop vite destinés à la benne. A l'issue d'un stage dans la recyclerie brestoise, Un peu d'R, il met sur pied avec Jeanne La Prairie une association spécialisée dans le réemploi des matériaux de construction. Accompagnés par le Tag 29 (1), c'est le début de l'aventure de La Réserve des matériaux avec un premier salarié, Igor, « magasinier valoriste ».
« Dès le départ le bouche à oreille a bien fonctionné, rappelle Guillaume, aidé par tout un travail de communication sur les réseaux sociaux et une newsletter hebdomadaire. Ici, tout le monde est magasinier valoriste. »
Les neuf salariés de l'association sont impliqués dans la collecte auprès de particuliers comme des entreprises, dans les chantiers de dépose sélective (ou préservante) et dans la vente des matériaux collectés.
Un recycleur anthropologue
Même s'il y a un comité de pilotage tournant, constitué de quatre personnes, le fonctionnement est plutôt horizontal, sans hiérarchie, y compris dans les relations avec les personnes fréquentant le magasin. « Le tutoiement est de rigueur, cela met tout le monde au même niveau », annonce d'emblée Guillaume. Ancien universitaire, Guillaume a été une douzaine d’années enseignant-chercheur à l’Université de Rennes. Anthropologue et praticien de l'éducation populaire, il a trouvé là un nouveau terrain d'investissement. Il continue de mener en parallèle son travail de recherche et de publication (2) sur des thématiques bien présentes au sein de La Réserve des matériaux.
Au-delà des dimensions matérielles inhérentes à l'activité, l'association ne cache pas ses valeurs ; elle les affiche même à l'entrée de la grande serre : Engagement, Solidarité, Inclusion, Antisexisme, Éducation, Ouverture.... « La charte est conforme à ce que nous sommes », précise Guillaume. Une petite douzaine de bénévoles aident, le mardi, au magasinage et à la remise en état de matériel électrique (radiateurs, outils électroportatifs, luminaires…) De leur côté, les salariés sont plutôt polyvalents, avec des profils variés. Ils se sont souvent croisés dans différents réseaux locaux d'habitat participatif, d'éducation (écoles Diwan) ou d’expériences associatives. Autant de relais potentiels pour faire connaître leurs activités. Jeanne et Alicia s'attellent à la communication avec une newsletter de 3000 abonnés, une page Facebook suivie par près de 7500 personnes. Jetez un coup d'œil aux annonces, celle du jour par exemple :
Le ton y est, la proximité aussi.
Au-delà des dimensions matérielles inhérentes à l'activité, l'association ne cache pas ses valeurs ; elle les affiche même à l'entrée de la grande serre : Engagement, Solidarité, Inclusion, Antisexisme, Éducation, Ouverture.... « La charte est conforme à ce que nous sommes », précise Guillaume. Une petite douzaine de bénévoles aident, le mardi, au magasinage et à la remise en état de matériel électrique (radiateurs, outils électroportatifs, luminaires…) De leur côté, les salariés sont plutôt polyvalents, avec des profils variés. Ils se sont souvent croisés dans différents réseaux locaux d'habitat participatif, d'éducation (écoles Diwan) ou d’expériences associatives. Autant de relais potentiels pour faire connaître leurs activités. Jeanne et Alicia s'attellent à la communication avec une newsletter de 3000 abonnés, une page Facebook suivie par près de 7500 personnes. Jetez un coup d'œil aux annonces, celle du jour par exemple :
« EN VENTE CE MERCREDI 10H-18H, boîtes géantes en bois, tuiles, boîtes aux lettres, WC, de quoi se construire une maison au pays des trois petits cochons, et une tonne de cartons de déménagement pour aménager dedans ! »
Le ton y est, la proximité aussi.
180 tonnes de « déchets » valorisées en 2025
L'association est maintenant bien connue à Brest même... et même au-delà ! Il faut dire qu'il y a ici vraiment de quoi répondre aux besoins. D'un côté, les dépôts et la collecte auprès de magasins spécialisés (comme les magasins de bricolage), d'artisans ou de particuliers. Si les collectes sont payantes, les apports en magasin sont gratuits. Les particuliers font même les deux-tiers des apports de matériaux, ce qui représente un tiers des tonnages, soit 180 tonnes cette année ! L'association intervient également en concertation avec les entreprises de déconstruction et sur les chantiers de démolition, lors de « déposes préservantes ». De l'autre côté, les matériaux ainsi collectés ont de quoi séduire les bricoleurs, à la recherche de bon plans de seconde main. On compte pas moins de 60 ventes par journée d’ouverture, ce qui représente plus d’une centaine de personnes qui viennent les jours d'ouverture (mercredi, vendredi ou samedi) dans les locaux de La Réserve des matériaux. Pour les professionnels (artisans et autoentrepreneurs), les salariés se mettent en quête de « sourcer » des matériaux de seconde main, bien en amont des chantiers de démolition ou de déconstruction, en relation avec des entreprises ou des collectivités.
Même si son utilité sociale mériterait bien un soutien pour consacrer un peu plus de temps à des missions de sensibilisation et de promotion de cette forme d'économie circulaire, vertueuse pour l'économie locale comme pour la planète. « Ici tout est pesé », déclare Guillaume. Résultat, la Réserve des matériaux a permis de sauver en 2025 près de 180 tonnes de « déchets » de la poubelle, de l’enfouissement ou de la déchetterie, autant de matériaux qui sont destinés à être réemployés. Le tonnage collecté -près de 4 tonnes par semaine actuellement-, augmente d'une année à l'autre. La législation encourage d'ailleurs de plus en plus des pratiques vertueuses. Objectif : réduire les déchets et le gaspillage, et au passage réduire les émissions de gaz à effet de serre ! Mieux, certains matériaux sont même réutilisés, non pas en recyclage, mais en surcyclage (upcycling pour les spécialistes), avec une dimension créative de réalisations et de fabrication de prototypes qui ont donné lieu à un catalogue spécifique ! Deux salariés, Thibault (pour la partie bois) et Pierre (pour la partie métal), sont d'ailleurs chargés de fabriquer du mobilier professionnel à partir des matériaux récupérés.
« L'association fonctionne sans subvention ; cela lui donne une plus forte indépendance », rappelle Guillaume.
Même si son utilité sociale mériterait bien un soutien pour consacrer un peu plus de temps à des missions de sensibilisation et de promotion de cette forme d'économie circulaire, vertueuse pour l'économie locale comme pour la planète. « Ici tout est pesé », déclare Guillaume. Résultat, la Réserve des matériaux a permis de sauver en 2025 près de 180 tonnes de « déchets » de la poubelle, de l’enfouissement ou de la déchetterie, autant de matériaux qui sont destinés à être réemployés. Le tonnage collecté -près de 4 tonnes par semaine actuellement-, augmente d'une année à l'autre. La législation encourage d'ailleurs de plus en plus des pratiques vertueuses. Objectif : réduire les déchets et le gaspillage, et au passage réduire les émissions de gaz à effet de serre ! Mieux, certains matériaux sont même réutilisés, non pas en recyclage, mais en surcyclage (upcycling pour les spécialistes), avec une dimension créative de réalisations et de fabrication de prototypes qui ont donné lieu à un catalogue spécifique ! Deux salariés, Thibault (pour la partie bois) et Pierre (pour la partie métal), sont d'ailleurs chargés de fabriquer du mobilier professionnel à partir des matériaux récupérés.
En quête d'un nouveau site plus grand
Fort de son succès, La Réserve cherche pour asseoir son développement un nouveau site plus grand, d’au moins 1500 m2, pour entreposer les matériaux en attente de valorisation. Pas question de stocker pour stocker, il faut en permanence penser valorisation, ce qui oblige à surveiller les apports en fonction des usages et des attentes des clients. Ainsi, certains produits, comme les bidets, les carrelages blancs ou les ampoules classiques ne trouvent plus preneur. C'est ainsi...
Désormais quand vous regarderez votre propre benne, quand vous irez à la déchetterie ou que vous envisagerez un chantier, pensez à La Réserve des matériaux. A utiliser sans réserves, cette fois !
Rémi Mer
(1) Le Tag 29 est une structure d'accompagnement de projets novateurs relevant de l'Economie sociale et solidaire (ESS).
(2) Guillaume Sabin vient de publier DÉVIER. Économie de l’émancipation et écologie des relations (Editions Libertalia, 2025)
(3) On compte actuellement une vingtaine de ressourceries de matériaux dans les quatre départements bretons.
Pour en savoir plus :
L'adresse : Réserve des matériaux : 251 b, Chemin de Goarem ar Zant, Brest (près de la clinique Keraudren)..
Le site ; https://www.la-reserve.bzh/
La page Facebook : https://www.facebook.com/lareservedesmateriaux
Désormais quand vous regarderez votre propre benne, quand vous irez à la déchetterie ou que vous envisagerez un chantier, pensez à La Réserve des matériaux. A utiliser sans réserves, cette fois !
Rémi Mer
(1) Le Tag 29 est une structure d'accompagnement de projets novateurs relevant de l'Economie sociale et solidaire (ESS).
(2) Guillaume Sabin vient de publier DÉVIER. Économie de l’émancipation et écologie des relations (Editions Libertalia, 2025)
(3) On compte actuellement une vingtaine de ressourceries de matériaux dans les quatre départements bretons.
Pour en savoir plus :
L'adresse : Réserve des matériaux : 251 b, Chemin de Goarem ar Zant, Brest (près de la clinique Keraudren)..
Le site ; https://www.la-reserve.bzh/
La page Facebook : https://www.facebook.com/lareservedesmateriaux



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